Avec une moyenne de deux candidats receveurs compatibles pour un seul greffon cardiaque disponible, la pénurie d’organes en France est une triste réalité pour tous les patients en attente de transplantation cardiaque.
Mobilisées face à cette situation, les équipes du pôle de Chirurgie Cardiaque de l’Hôpital Marie-Lannelongue se sont lancé un défi : ne plus perdre une chance de sauver une vie. Grâce à l’acquisition d’une technologie innovante, permettant d’allonger la durée de conservation du cœur prélevé, elles ont aujourd’hui la capacité de transplanter des organes jusqu’alors inexploitables, du fait de leur éloignement géographique.

Transplantation cardiaque : un délai critique pour acheminer le greffon

Lorsque le cœur d’un donneur est prélevé, le greffon n’est plus perfusé et l’ischémie engendrée va détériorer l’organe.
Pour prévenir les lésions, le cœur est arrêté, refroidi et conservé dans un liquide à 4°C pour son transport. Plus la durée d’ischémie du greffon sera courte, plus grandes seront les chances de réussite de la greffe. Commence alors une véritable course contre la montre, avec un délai de moins de 4 heures à respecter entre le prélèvement et la greffe.
Au-delà, la survie du patient est menacée. Pour respecter ce délai critique, l’acheminement du greffon peut se faire éventuellement par escorte motorisée, hélicoptère ou avion.
Mais malheureusement, la réalité du terrain ne permet pas toujours d’obtenir ces conditions, notamment lorsque les conditions géographiques ou météorologiques compliquent l’acheminement des équipes médicales de transplantation sur le site hospitalier où se trouve le donneur d’organe.

Un dispositif innovant, pour augmenter la durée de conservation du greffon

À la pointe de l’innovation, les équipes du pôle de Chirurgie Cardiaque de l’Hôpital Marie-Lannelongue repoussent les limites avec un dispositif mobile qui leur permet d’augmenter les chances de transplantation cardiaque. «Pas plus tard que la semaine dernière, cette machine nous a permis d’aller prélever un cœur auprès d’un donneur qui se trouvait en théorie dans un hôpital géographiquement inaccessible pour nos équipes», explique le Docteur Julien Guihaire, chirurgien cardiaque à l’Hôpital Marie-Lannelongue. «Les CHU les plus proches n’avaient pas de receveur compatible. Le cœur aurait donc été perdu, ce qui est inacceptable dans le contexte actuel où nous manquons de greffons pour les patients en attente de transplantation», ajoute le Docteur Guihaire.

Concrètement, il s’agit d’une machine transportable dans laquelle on va placer le cœur et le perfuser avec du sang oxygéné. Cela va permettre au cœur de battre, de reprendre une activité et ainsi de réduire la durée d’ischémie (absence de perfusion du cœur) qui est critique en transplantation.
Placé sur cette machine, le cœur peut ainsi être préservé pendant plusieurs heures : certaines études ont même rapporté récemment une préservation sur une durée de 16 heures. «C’est bien plus que les 4 heures critiques qu’on ne peut pas dépasser avec la méthode conventionnelle, où le cœur est purement et simplement placé dans une glacière à 4°, ce qui a clairement ses limites» insiste le Docteur Guihaire.

Une innovation sous exploitée en France

Si cette machine, fabriquée par une compagnie américaine, est sur le marché depuis une dizaine d’années, son utilisation n’était jusqu’à présent pas très répandue en Europe. «Contrairement à des territoires comme l’Amérique du Nord ou l’Australie, en France, vous pouvez traverser le pays en jet en une heure et quart donc finalement, les Centres Hospitaliers ne voyaient pas trop d’intérêt à investir dans ce dispositif», explique le Docteur Guihaire. «Sauf dans certaines situations comme celles dont nous avons eu à faire face la semaine dernière », précise le Docteur Guihaire. C’est une technologie qui commence doucement à se développer en Europe. Seules 3 équipes en France disposent de cette machine «qui rend un service énorme».
Malheureusement, ce dispositif n’est actuellement pas remboursé par l’assurance maladie. «Devant les bénéfices incontestés du dispositif, espérons qu’il le sera prochainement», conclut le Docteur Guihaire.

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